À partir du n° 12 d'ALKEMIE, les parutions
seront assurées par CLASSIQUES GARNIER.

Classiques Garnier
« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire
projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les
deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de
la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera
pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective
unitaire plus stimulante encore. » (N. Cavaillès)


   

Numéros parus

Numéros à paraître

   
 N° 1 : Métaphore et concept N° 13 : Le silence (présentation en ligne)
 N° 2 : Le fragmentaire N° 14 : L'oubli (en préparation)
 N° 3 : L'autre  • N° 15 : L'éros (terme limite : 1er janvier 2015)
 N° 4 : Le rêve N° 16 : Le paradoxe (terme limite : 1er juillet 2015)
 N° 5 : Le vide N° 17 : L'ennui (terme limite : 1er janvier 2016)
 N° 6 : Cioran N° 18 : La mort (terme limite : 1er juillet 2016)
 N° 7 : La solitude N° 19 : La tristesse (terme limite : 1er janvier 2017)
N° 8 : Le mal (présentation en ligne) N° 20 : L'imaginaire (terme limite : 1er juillet 2017)
N° 9 : L'être (présentation en ligne) N° 21 : La mélancolie (terme limite : 1er janvier 2018)
N° 10 : Le destin (présentation en ligne)  
N° 11 : Le bonheur (présentation en ligne)  
N° 12 : Les mots (présentation en ligne)  
   

• Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.



Actualités

« Quand on a la chance de se trouver dans l'atmosphère roumaine, de respirer son air, de contempler le vert de ses campagnes, ses montages, d'assister à ses rituels orthodoxes, d'écouter sa musique, on se penche d'une certaine manière vers l'âme, vers les souvenirs de Cioran. »

Entretien avec Liliana HERRERA réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR


Liliana HerreraMaría Liliana HERRERA ALZATE est professeur de philosophie à l'Université technologique de Pereira (Universidad Tecnológica de Pereira). Elle est docteur en philosophie de l'Université Javeriana de Bogotá. Elle est aussi directrice du Centre d'études cioraniennes auprès de l'Université technologique de Pereira et organisatrice principale de cinq éditions du Colloque international « Emil Cioran » (2008-2012) à Pereira. Elle est traductrice et auteur de nombreux articles, études et livres, dont plusieurs sont dédiés à la pensée de l'écrivain franco-roumain : La balada : una aproximación, Colombia, éd. Publicaciones Universidad de Manizales, 1991 ; Elusivas, Colombia, éd. Gráficas Olímpica, 1994 ; Cioran : aproximaciones, Colombia, éd. Gráficas Olímpica, 1994; Cioran : Lo voluptuoso, lo insoluble, Colombia, éd. Publiprint, 2003 ; Cioran, Ensayos críticos (en collaboration avec Alfredo Andres Abad Torres), Colombia, éd. Universidad Tecnológica de Pereira, 2008 ; Cioran en Perspectivas (en collaboration avec Alfredo Andres Abad Torres), Colombia, éd. Universidad Tecnológica de Pereira, 2009 ; Compilación Encuentro Internacional Emil Cioran 2008-2011, éd. Universidad Tecnológica de Pereria, 2012. Actuellement, M. Liliana Herrera travaille à un projet sur Emil Cioran et la culture roumaine.


Mihaela-Genţiana Stănişor : Depuis plusieurs années, vous vous occupez de l'ouvre d'Emil Cioran. Vous écrivez sur lui, vous le traduisez, vous avez fondé un Centre d'études cioraniennes, vous lui consacrez à Pereira, un grand colloque. D'où vient cette passion pour Cioran ?

Liliana Herrera : J'ai lu Cioran pour la première fois durant le premier cycle de mes études. Immédiatement, j'ai senti en moi l'écho de son sentiment de l'existence. Cioran dit (et sait très bien le dire) les choses que la majorité d'entre nous pensons ou avons pensé et senti à un certain moment mais que nous n'osons pas exprimer, soit parce qu'il y a des vérités qu'on ne doit pas dire (même pas à soi-même), soit parce que nous n'avons pas le don d'écrivain qui nous permettrait de le faire. Le Cardinal Ravasi soutient qu'il est impossible de ne pas donner raison à Cioran. Ce qui dérange beaucoup de lecteurs est précisément sa sincérité et le fait qu'il s'interdise de se tromper lui-même ou de formuler des discours illusoires. C'est ainsi, tout aussi immédiatement, que j'ai décidé de consacrer mon premier mémoire de philosophie à Cioran. À cette époque, en 1982, on ne le connaissait guère en Colombie. De fait, on ne trouvait dans les librairies que très peu de ses livres en espagnol. Les premiers livres (quatre et l'essai de Savater, pour être exact) qui parvinrent dans notre pays portaient le sceau de la maison éditoriale espagnole Taurus. Il n'existait pas non plus de biographie le concernant dans les universités colombiennes. Et, dans ce contexte, mon travail de thèse s'est avéré le premier référent bibliographique concernant Cioran en Colombie. Je dois avouer que ce mémoire a été un travail intuitif et jusqu'à un certain point ingénu (j'étais jeune !). Plus tard, j'ai également réalisé ma thèse de doctorat sur Cioran, période au cours de laquelle il n'y avait pas non plus en Colombie de bibliographie importante concernant les problèmes exposés dans son ouvre. Lorsque j'ai eu l'opportunité de connaître quelques études en français relatives à des thématiques cioraniennes, j'ai commencé un processus passionnant de traduction qui ne s'est jamais interrompu depuis. De ces traductions, quelques-unes ont été publiées dans des revues littéraires de Colombie, d'autres sont incluses dans un livre de traductions d'essais relatifs à Cioran (livre dont mon collège Alfredo A. Abad est coauteur avec moi). Un autre livre, qui rassemble les mémoires des Rencontres internationales Emil Cioran que le groupe de recherche que je dirige réalise chaque année à l'université technologique de Pereira, vient d'être publié.

M.-G. S. : En Colombie, vous essayez de mettre en marche un projet très intéressant et très louable sur Cioran et la culture roumaine. Pourriez-vous nous parler de cette entreprise, de ce que vous voulez réaliser ?

L. H. : Notre groupe de recherche en philosophie contemporaine est né à partir d'un projet appelé « Emil Cioran et culture roumaine ». Ce projet avait trois objectifs fondamentaux : d'abord, réfléchir à certaines problématiques philosophiques et littéraires présentes dans l'ouvre de votre compatriote. Ensuite, divulguer les travaux concernant Cioran générés par des chercheurs européens, principalement des professeurs roumains, au travers de la traduction et de la publication en espagnol de leurs écrits, et apporter à la communauté académique une littérature sérieuse concernant l'ouvre de Cioran qu'il est malaisé de trouver dans mon pays. Et, finalement, faire connaître la culture roumaine, très peu connue dans notre milieu. C'est dans ce cadre qu'a surgi l'idée de réaliser les Rencontres internationales Emil Cioran, écho et petit frère du colloque réalisé annuellement à Sibiu et dirigé jusqu'en 2011 par notre regretté professeur Eugène Van Itterbeek. Nous avons réalisé cinq de ces colloques internationaux à Pereira. Et nous avons pu compter sur la présence d'invités internationaux : le professeur Ger Groot, les docteurs Doina Constantinescu et Aurélien Demars et vous-même. Cependant, notre colloque ne se limite pas à l'ouvre de Cioran. En effet, comme son ouvre s'inscrit dans la relation philosophie/littérature, il comprend également un espace consacré à cette relation mais également à la diffusion de la culture roumaine. Dans ce cadre, l'ambassadeur d'alors de Roumanie en Colombie a participé à ce premier colloque et, l'an passé, un exposé concernant la Transylvanie, l'histoire et les mythes de Roumanie a été présenté par vos soins. Nous avons également pu compter, lors de ce dernier colloque, sur la présence du docteur Radu Sârbu, représentant de l'ambassade roumaine en Colombie, qui a accepté notre invitation et a fait une brève intervention concernant l'histoire roumaine et des personnages historiques ayant influencé la culture occidentale. Progressivement, ces rencontres internationales se sont inscrites et établies dans notre ville, dans le pays et on en fait également mention dans des pays latino-américains. (…) Lire tout l'entretien…





Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR : « Il n'y a pas d'expérience littéraire ou philosophique sans style. »


(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")

« Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Răzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet ?

L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. »  Lire tout l'article...




Arguments


L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.

Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.

Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.

Nicolas Cavaillès



Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.

Eugène Van Itterbeek


Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...

Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE




Mots-clefs : métaphore et concept, le fragmentaire, l'autre, le rêve, le vide, Cioran, la solitude, le mal, l'être, le destin, le bonheur