« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire
projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les
deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de
la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera
pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective
unitaire plus stimulante encore. » (N. Cavaillès)



Numéro 1 : Métaphore et concept

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Numéro 2 : Le fragmentaire

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Numéro 3 : L'autre

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Numéro 4 : Le rêve

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Numéro 5 : Le vide

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Numéro 6 : Cioran

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Numéro 7 : La solitude

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Numéro 8 : Le mal

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Numéro 9 : L'être

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Numéro 10 : Le destin

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Appels à contributions

Pour le numéro 11 : Le bonheur

 Terme limite : 15 mars 2013

Pour le numéro 12 : Les mots

 Terme limite : 15 août 2013

Pour le numéro 13 : Le silence

 Terme limite : 15 mars 2014


• Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.







Actualités

« C'est donc dans les insatisfactions envers soi-même, c'est-à-dire dans le retour critique envers soi que se trouve aussi le sens de ce qui nous travaille encore après avoir refermé un livre de Cioran. »

Entretien avec Aurélien DEMARS réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR


Aurelien DemarsDocteur en philosophie avec une thèse sur « Le pessimisme jubilatoire de Cioran. Enquête sur un paradigme métaphysique négatif », Aurélien Demars a consacré de nombreuses études et conférences à l'auteur franco-roumain mais aussi plus généralement à la philosophie du mal. Il est le co-éditeur, avec Nicolas Cavaillès, des Œuvres de Cioran dans la « Bibliothèque de la Pléiade ».


Mihaela-Genţiana Stănişor : Comment avez-vous découvert Cioran ?

Aurélien Demars : Lors de mes premières années d'études universitaires en philosophie, je m'étais intéressé aux « pessimistes », dont je constatais qu'ils étaient sinon répudiés par l'académisme, du moins méconnus et caricaturés. C'est à l'aune d'une réflexion sur le mal que je me suis intéressé à l'œuvre de Cioran, d'abord pour le soustraire au cliché réducteur de « pessimiste », quand ce terme, employé communément, n'est qu'une étiquette vide de sens, ensuite pour en ressaisir le sens profond, quand on entend alors par là une philosophie du pire.

M.-G. S. : Vous avez collaboré à la réalisation de l'édition des Œuvres de Cioran dans la « Bibliothèque de la Pléiade ». Principalement, vous vous y occupez de quatre livres : La Tentation d'exister, La Chute dans le temps, Le Mauvais Démiurge, Écartèlement. Selon quels critères avez-vous choisi ces volumes et quels ont été les difficultés de votre travail ?

A. D. : Le choix des livres de Cioran à éditer fut relativement simple : il s'agissait de reprendre tous les ouvrages de l'œuvre française. La répartition du travail pour chaque livre, entre Nicolas Cavaillès et moi-même, s'est d'abord basée sur nos recherches antérieures et nos accointances avec des textes spécifiques. Ainsi, Nicolas Cavaillès ayant consacré sa thèse au Précis de décomposition, il était naturel qu'il puisse mettre à profit ses connaissances en assurant l'édition de ce livre. De même, lors de ma thèse, j'avais notamment travaillé « L'Urgence du pire », un chapitre d'Ecartèlement, son édition m'était donc assez logiquement échue. C'était également le cas avec les trois autres livres. D'autres critères ont également présidé à ces choix : il fallait évidemment respecter l'économie générale de l'œuvre, ses articulations naturelles et ses ruptures. Parmi les principaux obstacles que cette édition a dû surmonter, on peut mentionner en particulier l'identification des nombreuses sources et allusions de Cioran, parce qu'il ne les explicite presque jamais. Il faut ajouter également l'inaccessibilité de certains ensembles manuscrits, notamment les Cahiers entre 1972 et 1980. Sans compter les problèmes liés au déchiffrement de certains passages manuscrits, dont la graphie se révèle parfois difficilement lisible. (…) Lire tout l'entretien…





Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR : « Il n'y a pas d'expérience littéraire ou philosophique sans style. »


(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")

« Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Răzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet ?

L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. »  Lire tout l'article...




Arguments


L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.

Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.

Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.

Nicolas Cavaillès



Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.

Eugène Van Itterbeek


Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...

Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE




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