« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire
projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les
deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de
la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera
pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective
unitaire plus stimulante encore. » (N. Cavaillès)
projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les
deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de
la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera
pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective
unitaire plus stimulante encore. » (N. Cavaillès)
Numéro 1 : Métaphore et concept(Numéro consultable en ligne)Numéro 2 : Le fragmentaire(Numéro consultable en ligne)Numéro 3 : L'autre(Numéro consultable en ligne)Numéro 4 : Le rêve(Numéro consultable en ligne) |
Numéro 5 : Le vide(Numéro consultable en ligne)Numéro 6 : Cioran(Numéro consultable en ligne)Numéro 7 : La solitude(Numéro consultable en ligne)Numéro 8 : Le mal(Numéro consultable en ligne) |
Appels à contributions
Pour le numéro 9 : L'êtreTerme limite : 1er avril 2012 Pour le numéro 10 : Le destin Terme limite : 15 août 2012 Pour le numéro 11 : Le bonheur Terme limite : 15 mars 2013
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Pour le numéro 12 : Les mots Terme limite : 15 août 2013 Pour le numéro 13 : Le silence Terme limite : 15 mars 2014
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• Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.
Actualités
« Je crois que la poésie participe, grâce à son lecteur, de ces accords secrets dont le visage n'est qu'amour et lumière. »
Entretien avec Yves Leclair réalisé par Mihaela-Genţiana Stănişor
Yves Leclair, écrivain et critique littéraire, né en Anjou en 1954, a fait des études de lettres et de musique. Il a publié des journaux poétiques L'Or du commun (1993), Bouts du monde (1997) et Prendre l'air (2001) aux éditions du Mercure de France, Le Voyageur sans titre et Suite au voyageur sans titre à la Librairie la Brèche éditions (2005 et 2008), des livres d'artistes : Bourg perdu (1999), L'antique lumière d'Eden (2007), Les Citronniers (2007), Avec vues imprenables (2007) aux éditions Rencontres ainsi que des essais et des récits dont La Petite route du col (éditions L'Étoile des limites, 1997), Manuel de contemplation en montagne (2005) et Bâtons de randonnées (2007) aux éditions de la Table Ronde et tout récemment Orient intime aux éditions Gallimard (2010).Il est aussi l'éditeur des œuvres complètes de Tristan Corbière aux éditions de L'École des lettres/Seuil et de Pierre-Albert Jourdan au Mercure de France. Viennent de paraître en 2011 une traduction et une étude des chansons de Jaufre Rudel (Chansons pour un amour lointain, éditions Fédérop), puis en 2012 une réédition (en version bilingue français-arabe) du Voyageur sans titre (traduit par Salma et Aymen Hacen, et Mounir Serhani, Tunis) ainsi qu'un nouveau tome de ses journaux poétiques Journal d'Ithaque aux éditions La Part commune. Il collabore à de nombreuses revues : La Nouvelle Revue Française, Critique, Europe, Décapage, etc.
Mihaela-Genţiana Stănişor : Vous avez fait des études de lettres et de musique. Est-ce que la musique joue un rôle dans vos écrits ?
Yves Leclair : Pour moi, la musique est l'origine et l'accomplissement suprêmes de la poésie, l'alpha et l'oméga de nos alphabets. Si je regarde, d'une part, les carnets qui nourrissent mes livres, qu'il s'agisse des poèmes de Bouts du monde ou de la Suite du voyageur sans titre ou bien du « haïbun » de mes Bâtons de randonnées ou encore, par exemple, de ma quête d'un Orient intime, je puis dire qu'ils en témoignent : d'une part, mes agendas - je devrais plutôt dire mes « inagendas » - sont couverts d'une constellation de notes poétiques, comme une immense partition musicale et j'espère qu'un jour viendra où je pourrai faire accepter par un éditeur ce livre insolite qui se lira comme une partition de musique acousmatique, mais sur le mode verbal, ciel nocturne émaillé d'étoiles où poudroieront et fuseront proses et poèmes. D'autre part, j'écris comme on prend des notes, et sur le motif : ce n'est pas par hasard que j'ai intitulé l'un de mes journaux poétiques Prendre « l'air » (Mercure de France, 2001). J'écris « à la feuille », à l'oreille le plus souvent, et d'une oreille de plus en plus intérieure, intime et ouverte. Les poèmes de tous mes journaux poétiques depuis L'Or du commun aux derniers en date de mon Journal d'Ithaque proviennent d'un tempo que je sens battre en moi. Cette cadence est comme un filon musical avec lequel je renoue, que je laisse fluer dans ma tête comme un « trouvère », où le vers se trouve lui-même. Car, en réalité, le vers trouve sa voie tout seul, je ne fais que l'accompagner de ma main comme un médium ; je le laisse faire, pair ou impair, octosyllabe, décasyllabe, alexandrin, traditionnel ou non. Sa forme naît d'elle-même, apparaît sans moi, quatrain, huitain, sonnet, dizain ou bien encore d'autres formes poétiques, gravitant autour du haïku ou effleurant la strophe en vers libres. Comme je l'ai écrit dans un poème de Bouts du monde, « Sonnet, je ne t'ai pas sonné », j'avais noté cette phrase d'appel ironique, cette amorce contrapunctique qui m'était venue subrepticement. Autrement dit, je n'avais pas demandé à écrire un sonnet : le sonnet est venu à moi, malgré moi, par antiphrase d'où cette ironie lyrique qui pointe son nez incongru pour moquer ma « montée au sonnet ». C'est dire si je laisse couler et conduire mes phrases en respectant presque à la lettre, après un époussetage, leur rythme intime qui tient aussi bien de l'orgasme amoureux, de la houle charnelle que du ressassement des vagues au bord de l'Océan, soit de l'universelle musique. En ce qui concerne les proses, il s'agit plutôt de haillons musicaux, de fragments de mélodie - tintements de cloches dans mon Manuel de contemplation en montagne - ou de « notes d'air » dont je recompose l'architecture musicale et où s'imposent parfois des « ragas » comme dans Bâtons de randonnées, ou des « variations » comme dans Orient intime. Quand j'écris, c'est une musique, en somme, qui me prend, qui me soulève, m'emporte, me « ravit » (au sens étymologique du verbe latin rapere). Le plus difficile reste de s'y laisser prendre, de ne pas cabrer l'attelage mental, de lâcher la prise de la bête intellectuelle et de s'abandonner à ses emportements muets. Délicat, donc, cet état de grâce poétique car il ne se crée pas par la seule disponibilité intérieure. Il faut aussi la visitation qui fait effraction, à l'improviste. J'aimerais ajouter enfin, pour être le moins inexact possible, que ma vocation première fut au début de l'adolescence, en même temps que d'écrire des poèmes, la musique (la pratique du saxophone et l'écriture musicale). Je souhaitais devenir musicien et je comprends maintenant que ma vocation aurait été tout aussi bien celle d'un compositeur. Les mots ont non seulement des sens, mais ils sont des rythmes et de la matière sonore ; la poésie transgresse et renoue ce qui sépare le signe graphique et le phonème, de ce qu'ils désignent ; en remontant à la racine musicale de notre monde, en retrouvant la musique du silence qui tisse le temps et l'espace depuis le bigbang originel, le poème tente de recoudre la plaie de l'être et de la parole. Ainsi ne ferais-je que redonner quelques poussières de la bande-son de l'univers. (…) Lire tout l'entretien...
Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR : « Il n'y a pas d'expérience littéraire ou philosophique sans style. »
(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")
« Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Răzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet ?
L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. » Lire tout l'article...
L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. » Lire tout l'article...
Arguments
L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.
Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.
Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.
Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.
Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.
Nicolas Cavaillès
Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.
Eugène Van Itterbeek
Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...
Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE
Răzvan ENACHE
Mots-clefs :
métaphore et concept,
le fragmentaire,
l'autre,
le rêve,
le vide,
Cioran,
la solitude,
le mal,
l'être,
le destin,
le bonheur